Le voyage, une expérience qui renforce le sentiment de sécurité des adolescents.es issus.es de milieux défavorisés

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Rédaction: Eva Milko, Good Vibes Strategy
Deux jeunes hommes qui rigolent ensemble dehors.

Dès les premières années de la vie, les liens de confiance se tissent à travers la relation parent-enfant. Ainsi, plus les parents se montrent chaleureux, constants dans leurs soins et prévisibles, plus les enfants se sentent sécurisés. À l’inverse, lorsque les parents vivent des difficultés psychologiques, familiales et financières, ils.elles peuvent se révéler plus inégaux dans leurs comportements, ce qui peut alimenter un sentiment d’insécurité chez l’enfant ainsi qu’une baisse de l’estime de soi.

Malheureusement, les jeunes issus.es de milieux défavorisés cumulent de nombreuses sources d’insécurité.

En effet, ces jeunes ont souvent des parents anxieux qui font face à de nombreux défis (situation financière complexe, emplois peu valorisants, discrimination sociale, éclatement familial, addictions, anxiété liée à la barrière de la langue etc). D’après la psychoéducatrice, Stéphanie Deslauriers, ceux-ci ne sont donc pas toujours en mesure d’accueillir les émotions de leurs enfants et de leur donner le sentiment de sécurité dont ils ont besoin pour grandir.

Pour aider les jeunes issus.es de milieux défavorisés, il est essentiel de comprendre leurs difficultés et de développer autour d’eux.elles un climat de confiance, de respect et d’acceptation inconditionnelle.

Le voyage, en leur offrant un cadre structuré où les ados participent pleinement aux décisions grâce à la bienveillance et le respect des adultes qui les entourent, peut les aider à développer un plus grand sentiment de sécurité.

Pourquoi le sentiment de sécurité est plus faible chez les jeunes issus.es de milieux défavorisés?

Vivre avec des difficultés socio-économiques engendre fréquemment du stress au sein des familles, qui sont également plus soumises à de l’isolement et à un manque de soutien. Les multiples enjeux auxquels celles-ci sont exposées peuvent impacter négativement leurs relations avec leurs enfants et entrainer une plus grande instabilité et vulnérabilité au sein de leurs foyers (Gagné, Desbiens et Blouin, 2004).

Ainsi, même si la maltraitance n’est pas exclusivement réservée aux milieux défavorisés, il s’avère que les enfants venant de milieux défavorisés présenteraient un risque plus élevé de vivre de la négligence. D’après Stéphanie Deslauriers, les parents en situation de précarité seraient moins informés sur le développement de l’enfant et parfois trop exigeants ou auraient tendance à transmettre la maltraitance qu’ils auraient eux-mêmes subi.

Malheureusement, ces problèmes sont parfois renforcés par le recours aux drogues, plus fréquent dans les milieux défavorisés. Selon Stéphanie Deslauriers, les parents auraient ainsi tendance à plus consommer pour s’évader de leurs difficultés et engourdir leur mal-être. Tout cela accentue le sentiment d’insécurité chez les enfants car les addictions ont tendance à diminuer la sensibilité des parents à leurs enfants ainsi que leur capacité à interagir adéquatement avec eux, d’autant plus s’ils sont également en proie à de l’anxiété ou à de la dépression.

Jeune femme souriante avec un chandail noir.

Or, grandir dans un milieu aimant et équilibré est essentiel pour les adolescents.es qui sont en pleine construction identitaire. Il est ainsi démontré que plus le sentiment de sécurité et d’estime de soi sont forts, plus un enfant sera capable de trouver son autonomie lorsqu’il.elle sera parvenu à l’adolescence. D’après Stéphanie Deslauriers, un.e ado qui se sent en sécurité affective aura naturellement confiance dans le monde qui l’entoure et sera plus à même d’exposer ses émotions, de faire de nouvelles expériences et de nouer des relations.

Mais on peut également noter que les ados issus.es de milieux défavorisés sont aussi victimes d’une plus grande insécurité dans leur milieu scolaire. Moins performants.es à l’école,, parfois plus agités.es et moins aptes à nouer des relations positives avec les autres, les jeunes peuvent d’avantage avoir une expérience négative auprès du personnel scolaire et devenir méfiants.es ou rebelles vis-à-vis d’eux.elles.

« À la sévérité du monde, n’ajoutons pas la sévérité parentale. Usons au contraire, chaque fois que c’est possible, de l’humour, toujours très apprécié (ce qui vaut tant pour les professeurs que les parents). »

– Michel Fize, Antimanuel de l’adolescence

Comment le voyage peut contribuer à générer un sentiment de sécurité chez les jeunes en situation de précarité ?

À l’adolescence, les jeunes aspirent avant tout à prendre leur autonomie et à partir à la rencontre d’eux.elles-mêmes. Contrairement à ce que l’on peut croire, les ados n’ont ainsi pas tant besoin d’autorité que de repères et de références, de connaissances et d’informations pour découvrir qui ils.elles sont vraiment. En somme, ils.elles ont avant tout besoin de sécurité psychique et émotionnelle pour devenir des personnes autonomes, responsables de leurs actes.

Selon Michel Fize, « L’adolescence n’est plus aux limites et aux interdits imposés d’autorité. Ceux-ci sont nuisibles et humiliants, parce qu’ils bloquent l’esprit d’initiative, sauf s’ils sont négociés. »

Partir en voyage en Auberge de jeunesse avec sa classe est ainsi une occasion de développer une relation plus satisfaisante et apaisée avec le milieu scolaire, ce qui contribue à renforcer le sentiment de sécurité des adolescents.es.

Plongés.es dans un environnement en dehors de l’école où ils.elles se sentent écoutés.es, compris.es et sécurisés.es, les jeunes obtiennent des membres du personnel scolaire, parfois pour la première fois, une reconnaissance de leurs compétences mais aussi des encouragements et du soutien face aux nouvelles situations qu’ils.elles rencontrent. Renforcés.es dans leurs conduites positives, les ados renouent ainsi peu à peu avec les adultes qui les entourent et s’épanouissent.

Ainsi, d’après le programme « Hors les murs » mené à partir de 2006 auprès de jeunes en difficultés psychologiques qui partaient en voyage humanitaire dans le cadre de leur suivi thérapeutique, il s’est avéré qu’à l’issue du voyage, les ados semblaient manifester moins de problèmes avec l’autorité (50%) et avaient des relations plus satisfaisantes avec les adultes (54%).

D’autre part, le voyage en Auberge de jeunesse offre une occasion unique de prendre son indépendance en participant à différents projets culturels et environnementaux prévus lors du séjour. Ainsi, en prenant part aux décisions, en résolvant eux.elles-mêmes les problèmes rencontrés et en collaborant avec leurs pairs, les ados renforcent leur individualité, deviennent plus résilients.es et sont d’avantage capables de faire de bons choix pour eux.elles mêmes.

En outre, le voyage favorise l’élargissement des horizons et l’acquisition de nouvelles compétences. Que ce soit en apprenant à cuisiner des plats locaux, en explorant des activités de plein air telles que la randonnée, ou en découvrant l’histoire et la culture d’une région, les adolescents.es acquièrent de nouveaux savoir-faire et connaissances lors de leur voyage. Ces compétences et connaissances acquises, différentes de celles traditionnellement reconnues dans le milieu scolaire (attitude apprenante, concentration, calme, discipline etc), renforcent leur sentiment de compétence et de maîtrise, ce qui contribue à créer une plus grande sécurité intérieure.

Jeune avec un sac à dos qui entre dans une auberge de jeunesse.

Enfin, le voyage offre aux ados l’occasion de se reconnecter avec la nature, ce qui peut avoir un impact significatif sur le bien-être émotionnel des jeunes. Passer du temps dans la nature, que ce soit en explorant des parcs nationaux, en se détendant sur la plage ou en randonnant en forêt, peut aider à réduire leur stress, à améliorer leur santé mentale et à renforcer leur confiance en soi. Les ados apprennent ainsi à apprécier la beauté de la nature et à se sentir en sécurité dans des environnements naturels, ce qui a un effet positif sur leur sentiment de sécurité globale.

Selon Stéphanie Deslauriers, « Le développement d’un sentiment de sécurité intérieure permet d’accroitre sa capacité d’autorégulation émotionnelle, ce qui est une aptitude aidante tout au long de la vie! Via le voyage, les expériences uniques, l’exploration, les rencontres culturelles, les défis relevés, les jeunes bâtissent graduellement ce sentiment de sécurité à l’intérieur d’eux-mêmes. »

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